• Johannes Landis

Quelles sont les 6 clés pour maîtriser le dress code ?

Dernière mise à jour : 28 nov. 2020

Vous voulez tout savoir sur le « dress code » ? Cet article est fait pour vous ! J’y livre 6 clefs pour renouveler nos perceptions et nos pratiques de la codification vestimentaire. Pour résumer, si vous souhaitez mieux maîtriser votre image, vous allez adorer ce qui va suivre. Alors ne perdons pas de temps, et entrons dans le vif du sujet.


Toutes celles et tous ceux qui portent intérêt à leur communication personnelle font attention à ce qu’elle·il·s disent. Vous avez une intervention à préparer ? Je parie que vous allez particulièrement travailler son contenu. Cela dit en passant : vous avez raison ! Un bon contenu est un point essentiel pour convaincre votre auditoire.


Cependant, il ne faudrait pas passer à côté d’un élément incontournable : votre tenue. J’entends certain·e·s d’entre vous. « Quoi ? La tenue ? Incontournable ? Mais la tenue c’est secondaire, c’est superficiel ! » C’est ce que vous pensez ? Vous vous trompez. Et c’est le professeur Asch qui vous le dit.


LA PREMIÈRE IMPRESSON


En effet Solomon Asch, psychologue, a mis en évidence, au milieu des années 1940, un « effet de primauté ». Il s’agit d’un biais cognitif qui rend plus actif le souvenir issu d’une première impression, par rapport aux éléments ultérieurs. Autrement dit, on accorde plus d’importance à la première information reçue qu’à toutes les autres. C’est pourquoi on admet généralement qu’il suffit de 30 secondes à un·e recruteu·r·se pour se forger un jugement ferme et définitif sur un·e candidat·e.



Durant ces 30 secondes, peu de mots sont échangés, ou alors, des mots très banals : « Bonjour », « Comment allez-vous ? », etc. Ils ont souvent une valeur purement phatique. En revanche, le visuel est primordial : l’expression du visage, les gestes, et bien entendu, la tenue. À quoi sert d’avoir établi sérieusement votre discours, si votre tenue brouille le message ?


ACCIDENTS DE DRESS CODE


Avez-vous déjà été gêné·e par votre tenue ? Je crois que oui, parce que nous avons tous connu ce genre de situation, un jour ou l’autre, dans la sphère professionnelle ou privée. On arrive quelque part et on sent bien que ça cloche. L’ambiance est décontractée mais on est trop guindé·e. Ou l’ambiance est très « pro » et on n’est pas assez strict·e.


Ces deux derniers exemples vont dans une logique d’intégration. Mais dans une logique de différenciation, des hiatus apparaissent aussi. On espérait dénoter par une touche de désinvolture, mais la tendance est à l’excentricité, et on paraît tout d’un coup fort classique… Ou bien on voulait en mettre plein la vue avec quelque chose de chic, et nous voilà noyé·e dans un concours d’élégance qui nous rend soudain très commun·e.



ÊTRE SOI-MÊME ?


Je sais que certain·e·s d’entre vous ne se posent pas ces questions. « Moi, je ne me soucie pas de tout ça. Je veux juste être moi-même ! » Ah… être soi-même… Comme si c’était aussi simple… Mais quel Soi ? Le Soi qui va faire une balade en forêt avec les enfants ? Le Soi qui s’exprime devant un jury très conservateur ? Le Soi qui intègre un team en quête d’agilité et d’horizontalité ?


Et d’ailleurs, vous pensez vraiment qu’une tenue résume la complexité de votre personnalité ? Qu’une tenue n’est qu’une expression de votre intériorité ? Qu’elle n’est pas une construction ? Et puis, est-ce vraiment une bonne idée de vous exposer ainsi ? N’auriez-vous pas, parfois, intérêt à vous protéger ?


J’entends aussi d’autres préoccupations. « Oui, mais moi, le dress code, je le trouve injuste. Je ne veux pas simplement être un·e bon·ne soumis·e, je veux changer le dress code ». Très bien. Mais comment s’y prendre ? « Moi j’aime bien être habillé·e ‘classe’ » dit l’une. « Moi je préfère la décontraction » répond l’autre. Comment s’y retrouver ?


Je vous donne 6 clés pour y voir plus clair et renouveler nos perceptions et nos pratiques du dress code.



CLEF N°1 : ÉTABLISSEZ LE DRESS CODE


La première chose à faire est d’établir le dress code. Parfois, la chose est simple, car la codification vestimentaire est écrite noir sur blanc dans un règlement. Le code du travail peut l’imposer. C’est le cas, par exemple, du BTP ou des hôpitaux.


Mais on trouve aussi un code vestimentaire détaillé chez Disneyland Paris. L’entreprise spécifie de manière précise les interdits corporels pour les « Castmembers », autrement dit, les employé·e·s du parc.



Ainsi, les barbes des hommes doivent être parfaitement taillées et ne doivent en aucun cas cacher leurs bouches. Quant à leurs cheveux, ils ne doivent pas cacher leurs oreilles ni tomber sur le col de leurs chemises. Côtés ongles, ceux des femmes ne doivent pas dépasser un quart du pouce et le vernis à ongles n'est pas autorisé. Ceux des hommes, en revanche, doivent être coupés à ras.


Piercings et tatouages ne doivent pas être visibles. Ce·lles·eux qui portent des lunettes avec un logo de marque trop voyant doivent le cacher. Les modèles de lunette portés se doivent également d’être passe-partout.

Pourtant, tout n’est pas toujours aussi clair que chez Disney. La plupart du temps, en réalité, le dress code d’une organisation demeure non écrit, implicite. Voyez le fameux « tenue correcte exigée ». Qu’est-ce qu’une « tenue correcte » ? Pensez à Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation, interrogé sur la tenue requise pour un collégien : il faut tout simplement, selon le ministre, qu’il porte une tenue « normale ».


« Normale » ? Nous voilà bien avancé·e·s, nous qui savons bien que rien ne varie autant que la norme, selon les époques, les catégories socio-professionnelles, les activités, les climats, etc.


Il vous revient donc, si vous voulez comprendre un dress code donné, de le reconstituer. Notez dans votre mémoire ou votre calepin les observations ou les remarques qui vous permettent de le repérer. De brefs commentaires tels que « Avec des talons, c’est mieux », « tu ne te mets pas assez en valeur », « tu représentes la boîte ! », sont, à cet égard, riches d’enseignement.


CLEF N°2 : DÉTERMINEZ LE CONTEXTE DU DRESS CODE


La tenue que vous portez au travail n’a pas de sens en elle-même. C’est le contexte qui lui donne toute sa signification. Un costume cravate pourra inspirer la confiance dans une activité de commerce de luxe, par exemple. Mais il pourrait sembler déplacé s’il était porté par un bénévole d’une association caritative, au contact de personnes en difficulté sociale et/ou financière.



Le conseil serait donc : « Ne partez pas de vous. Partez du lieu où vous intervenez, des actes et discours, présents, passés, futurs, qui le traversent. »


Trois variables peuvent aider à construire le contexte qui détermine un dress code particulier.


- Variable 1 : la nature de vos missions. Les actions concrètes à effectuer sont à prendre en considération. Votre tenue doit vous permettre de les accomplir en toute sérénité et toute sécurité. Devez-vous pratiquer la station assise ? Debout ? Grimper des escaliers ? Vous déplacer en voiture ? Évoluer au grand air ? Dans un environnement urbain ? Industriel ? Rural ? Autant de paramètres qui peuvent servir de cadres.



- Variable 2 : la symbolique attachée à votre fonction. Plus votre poste se situe dans les hauteurs de la hiérarchie, plus sa charge symbolique est forte et plus la tenue a vocation à « signifier » la fonction. Autrement dit : c’est la perpétuation des traditions qui est dominante, que vous choisissiez de vous y conformer, ou non.


- Variable 3 : le contact avec un public extérieur. Si vous avez à rencontrer le public, vous engagez l’image de l’organisation. Sur le plan du droit, plusieurs décisions de justice sont venues confirmer que votre employeur peut vous demander des comptes. Il est donc probable que votre liberté vestimentaire soit plus fermement encadrée que si vous ne circuliez qu’en interne.


CLEF N°3 : QUESTIONNEZ LE CODE


Une fois que vous avez, en quelque sorte, « craqué » le dress code, il n’est pas interdit de le questionner. Au contraire. En effet, ce que vous aurez pu voir ou entendre d’entera pas forcément dans les 3 variables que nous vous présentions dans la clé précédente.


Les attentes, en matière de tenue vestimentaire, ne se rapporteront pas obligatoirement à la nature de vos missions, à la symbolique de votre fonction ou à votre contact avec l’extérieur. En effet, d’autres remarques peuvent être discriminatoires, sexistes.


La question de la peau qu’on laisse apercevoir, en particulier, est une question on ne peut plus genrée. Selon que vous serez un homme ou une femme, les exigences en la matière ne seront souvent pas les mêmes. Un décolleté trop pigeonnant ou une jupe trop courte seront jugés inappropriés, et, pour couronner le tout : ce sera vous, mesdames, à qui on demandera des comptes au sujet des réactions de ces messieurs.


La sphère professionnelle n’est que le réceptacle de la société et, malheureusement, ce qui prévaut dans le harcèlement de rue infuse aussi dans certains bureaux. Et parmi les conseils vestimentaires professionnels distillés ici ou là, combien ne sont, hélas, qu’une injonction à respecter une vision machiste des relations hommes-femmes ?



Ce questionnement du dress code est justement l’occasion de rééquilibrer les interdits qui, jusqu’ici, ont eu fâcheusement tendance à pencher sur les mêmes. C’est peut-être aussi l’occasion de rappeler que chacun·e est responsable de son regard et du ressenti qu’il·elle en retire.


« Il faut bien un cadre » diront ceux qui ne veulent rien changer. Certes. Mais peut-être aurait-on besoin d’un nouveau cadre ? Un cadre où l’on pourrait faire l’expérience et l’apprentissage de l’expression vestimentaire singulière de l’autre ?


CLEF N°4 : PENSEZ À VOUS


Car il faut, non pas au bout du compte mais en cours de route, revenir à soi. Certes, la tenue que l’on arbore produit un effet sur les autres. Mais elle produit aussi un effet sur soi-même.


Lorsqu’on questionne les salarié·e·s, il·elle·s disent préférer une tenue décontractée à toute autre. Le « casual » devient en effet, semble-t-il, la tendance du moment.



Au-delà de ces préférences subjectives, que nous dit la science ? Une étude tend à montrer qu’un code vestimentaire formel change la perception que nous avons de nous-mêmes. Il renforcerait notre sentiment d’autorité, de puissance, de confiance en soi. Une étude va au-delà et démontre que ce type d’habillement améliore les capacités de pensée abstraite.


La tenue décontractée, si l’on en croit la littérature disponible, permet en revanche plus d’efficacité sur les tâches concrètes, et améliore les capacités cognitives : mémoire, résolution de problèmes, calcul.


On le voit, chacune a des avantages, mais pour des tâches différentes.


CLEF N°5 : PENSEZ AUX STÉRÉOTYPES


Au-delà de nous-mêmes, n’oublions pas que toute codification vestimentaire renvoie à des stéréotypes. Cela ne date pas d’aujourd’hui : l’Histoire est pleine de ces groupes sociaux que l’on définissait grâce à un vêtement. Pensons aux « Sans-culottes » révolutionnaires de 1789. Plus tard, l’usine fordiste se répartit entre les « cols bleus », qui travaillent à la chaîne, et les « cols blancs » des bureaux.


On touche ici à la fonction métonymique du vêtement. La métonymie est une figure de rhétorique désignant un tout par une de ses parties. Pour le dire autrement : un vêtement vous fait entrer dans une certaine catégorie. Avant de vous percevoir en tant qu’individu, c’est d’abord cette catégorie que l’on perçoit.


CLEF N°6 : DÉFINISSEZ VOTRE STRATÉGIE ET METTEZ-LA EN ŒUVRE


Vous êtes maintenant prêt·e à définir votre stratégie vestimentaire. Deux pôles s’offrent à vous : la congruence et la dissonance. En congruence, vous adhérerez au code vestimentaire et en respecterez toutes les règles. Vous vous fondrez dans la masse… au risque de paraître terne ? En dissonance, vous vous détacherez du code pour mieux le subvertir. On vous distinguera tout de suite… au risque de la rupture ?


Mais vous pouvez aussi choisir, bien sûr, de ne pas vous préoccuper de ces futilités et de ne pas vous positionner. Ainsi, ce sont les autres qui vous positionneront, en dépit de vous-même. Et si cette place devient trop étroite pour vous… je vous conseille de reprendre le trousseau conceptuel que je vous ai offert. Faites jouer ses 6 clés.


Elles vous permettront peut-être de dessiner un espace entre les nécessités, les injonctions et vos aspirations.


Communiquer, ça se cultive, y compris dans le choix de ses vêtements.



SOURCES


Clémence BODOC, « Le code vestimentaire professionnel, entre mystère et sexisme », madmoizelle.fr, 21 août 2014.


Amanda CASTILLO, « La première impression ne laisse pas une seconde chance », letemps.ch, 16 février 2016.


Clément FOURNIER, « Comment le dress code affecte le bien-être et la productivité des salariés ? », youmatter.world, 6 février 2018.


Joy V. PELUCHETTE, Katerine KARL, “The Impact of workplace attire on employee self-perceptions” in Human resource development quarterly, 29 août 2007.


Michael L. SLEPIAN, Simon N. FERBER, Joshua M. GOLD, Abraham M. RUTCHICK, “The Cognitive Consequences of Formal Clothing”, in Social Psychological and Personality Sciences, 2015.